Histoire de Tunis

 

Les phéniciens : Utique 1101 av J-C

 

 

Utique (عُتيقة) est un site archéologique localisé à l'emplacement d'une ancienne cité portuaire fondée par les Phéniciens dans l'Antiquité. Il est situé au nord de l'actuelle Tunisie, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Carthage.

En latin Utica, son nom signifie « ville ancienne » en langue punique (sens identique à celui de son nom arabe) ; celui-ci est à opposer à celui de Carthage, signifiant « ville nouvelle ».

Cette cité-État se forme par nécessité commerciale : elle est l'un des comptoirs commerciaux indispensables dans les voyages entre Tyr et Cadix. Cette ville dont l'antériorité (plus de trois siècles) par rapport à Carthage est admise par plusieurs auteurs, disposait d'une indépendance vis-à-vis de Tyr, se contentant de lui envoyer tous les ans un tribut d'usage.

 

 

Les phéniciens : Carthage (reine Didon) 814 av J-C

 

Carthage est fondée par des colons phéniciens de Tyr en 814 av. J.-C.. D'ailleurs, le nom de Carthage provient du phénicien Kart-Hadasht ou Qrthdst, qui signifie « Nouvelle ville » et qui pourrait faire penser à « Nouvelle Tyr ». D'après la légende, ce serait la reine Didon, sœur du roi de Tyr, Pygmalion, qui fonda la cité. La reine aurait demandé au souverain voisin, Hiarbas, un roi berbère, l'autorisation de fonder un royaume sur ses terres. Celui-ci lui offrit alors un terrain aussi grand qu'une peau de vache. La reine plus maligne fait couper une peau de vache en lanières très fines et trace les contours de Carthage. En référence à cette fondatrice mythique, les Carthaginois sont parfois surnommés les « enfants de Didon » dans la littérature.

 

Carthage : La monarchie des Magonides 650 av J-C

 

Dès le milieu du VIe siècle, la ville est gouvernée par des rois appartenant à la famille des Magonides. Alliée aux Étrusques, elle domine la Sicile du Sud-Ouest, prend pied en Sardaigne, repousse les Phocéens de Corse à Alalia, secourt Gadir (Cadix) assiégée par les Ibères, chasse Dôrieus et ses colons spartiates de Tripolitaine. Dans les dernières années du siècle, les lamelles d'or de Pyrgi attestent son entente avec Caere, et le premier traité d'alliance avec Rome est conclu. La richesse du mobilier funéraire témoigne de sa prospérité et de l'activité du commerce avec l'Égypte, la Grèce et l'Étrurie.

 

Les guerres contre les grecs : 480-268 avant J.C.

En -480, les marins phéniciens forment en grande partie la marine Perse. Ils sont écrasés par les Grecs à Salamine. De son côté, le Grec Gélon, tyran de Syracuse, bat les Carthaginois à Himère, en Sicile. Les Magonides évacuent la Sicile, se replient en Afrique du Nord et mettent leur territoire en valeur.

A la fin du Vè, un nouveau conflit éclate entre les Carthaginois et les Grecs. Le roi magonide Himilcon débarque en Sicile, prend Sélinonte, Géla, Agrigente, mais échoue devant Syracuse bien défendue par Denys l'Ancien (Vers -390). Cet échec marque la fin des Magonides. La noblesse punique, qui veut la paix, installe vers -380 au pouvoir le Tribunal des Cent-Quatre, chargé de surveiller les généraux qui ont remplacé les rois. Au panthéon carthaginois, Baal Hammon est évincé par Tanit Pene Baal, et le culte de Demêter est introduit dans la cité. La lutte contre les Grecs continue, mais avec moins d'intensité, surtout après la mort de Denys en -367. Carthage signe alliance avec Rome en -348.

La guerre avec les Grecs en Sicile reprend avec intensité en -339. Les Carthaginois sont vaincus par Timoléon et chassés de Sicile. Le Tyran de Syracuse Agathocle débarque même en Afrique en -310. S'alliant au grec, le roi de Carthage Bomilcar tente alors de renverser l'oligarchie punique, mais il échoue en -307. Cette date marque le début de la puissance de l'oligarchie carthaginoise.

Après la mort d'Alexandre le Grand, la cité punique s'allie avec la dynastie Lagide qui succède à Alexandre en Egypte, Phénicie et Palestine. Carthage s'ouvre largement aux influences hellénistiques de Sicile, d'Italie et d'Egypte. l'état punique domine économiquement la Méditerranée Occidentale et entretient d'excellentes relations avec le monde Oriental. En -268, une nouvelle alliance avec Rome permet d'éliminer Pyrrhus d'Epire, qui tentait de créer un empire hellénistique en Occident.

 

La 1ère guerre punique : 268-241 avant J.C.

Il était inévitable que Rome et Carthage en viennent à l'affrontement : Rome vient d'unifier l'Italie ; au Sénat les grandes familles ont un esprit de domination et d'expansion vers la mer. De son côté Carthage domine toute la Méditerranée Occidentale et n'a pas renoncé à la Sicile. Le conflit entre les deux cités va revêtir une importance capitale pour tout le bassin méditerranéen, et pour plus de huit siècles. Il dure de -264 à -146 et connaît trois grandes phases : la première a comme enjeu la Sicile.

Rome intervient en Sicile pour protéger ses alliés, les Mamertins et prend Agrigente aux Carthaginois. En réponse, ceux-ci ravagent les ports romains de Sicile et de la côte Italienne. Alliée aux Etrusques, Rome créé une flotte puissante et détruit une escadre punique à Mylea en -260. L'équilibre naval est rétabli. La consul Régulus débarque en -256 au Cap Bon, portant la guerre en Afrique. Après avoir infligé de grosses pertes à Carthage (Ruines de Kerkouane, la « Pompei punique »), il est battu et fait prisonnier en -255. Libéré sur parole pour négocier un échange de prisonniers, il dissuade le Sénat d'accepter les conditions de Carthage et fidèle à sa parole, retourne en Afrique ou il est supplicié (-250).

En -254 les Carthaginois perdent Palerme, mais la victoire navale de Drepanum (Trapani) sur les Romains en -249 leur permet de maintenir quelques garnisons en Sicile (Eryx, Lilybée). Elles y mènent une rude guerre de commandos avec leur chef, Hamilcar Barca. Le pourrissement de la situation amène la paix. Un convoi carthaginois ayant été détruit en -241, le gouvernement Punique demande la trêve. La paix est honorable. Carthage perd la Sicile mais conserve ses autres possessions extérieures, y compris Corse et Sardaigne.

 

Les mercenaires : 241-221 avant J.C.

La demi-défaite de Carthage lors de la première guerre punique sonne le glas du régime oligarchique au pouvoir. Contre la classe dirigeante se dressent les paysans libyens asservis, les innombrables mercenaires non payés, les classes moyennes menacées dans leurs intérêts économiques et enfin les militaires « nationalistes », dont le chef, le général Hamilcar Barca (290-229), prend la tête. En -240, les Mercenaires, conduits par le Libyen Mathô se révoltent et assiègent Utique. Il faudra 2 ans à Hamilcar Barca et Hannon le Grand pour les vaincre et les exterminer. (Gustave Flaubert en tirera un célèbre roman en 1862, « Salammbô »). L'écrasement de cette révolte permet à Hamilcar Barca de prendre le pouvoir. Rome, inquiète, annexe aussitôt la Sardaigne.

Hamilcar n'a qu'un but : préparer sa revanche sur Rome. Pour être totalement indépendant et échapper au contrôle du gouvernement carthaginois, il créé en Espagne un véritable royaume personnel avec une armée de redoutables soldats Ibères entièrement dévoués à sa personne et à sa famille (237-229). Son gendre Hasdrubal « le Beau » poursuit sa politique de « réarmement » et fonde Carthagène (Carthago Nova, -227) avant d'être assassiné en -221.

La 2ème guerre punique : 219-195 avant J.C.

A Hasdrubal succède le fils de Hamilcar, Hannibal. Il adopte immédiatement une attitude intransigeante, veut diviser son ennemi et utiliser ses adversaires pour le mettre à genoux. Il déclenche le conflit en prenant en -219 la ville de Sagonte, alliée de Rome. Pensant s'allier les Celtes de Gaule, il marche contre Rome par la Provence. Malgré la défection des Gaulois Cisalpins, il traverse les Alpes en -218, véritable exploit (d'autant plus qu'il possède des éléphants), s'allie aux Celtes du Pô et écrase les légions romaines sur le Tessin, à la Trébie (-218) puis à Trasimène (-217). Evitant Rome, il marche vers le sud de l'Italie où il compte sur les Apuliens et les Lucaniens. Le 2 août -216, les légions des Consuls Varro et Paul Emile sont écrasées à Cannes, laissant sur le terrain 46 000 légionnaires à l'issue d'une des plus grandes batailles de l'Antiquité. La voie vers Rome est libre. Hannibal n'en profite pas et s'installe dans le sud de la Péninsule.

Les difficultés commencent alors : sur mer, la maîtrise reste romaine. Rome reconstitue ses légions et mène une guerre d'usure. Les défections se font nombreuses du coté des Carthaginois... Pire : le royaume punique d'Espagne s'effondre face aux légions romaines, et en -215 il ne reste aux Carthaginois que la Bétique (Andalousie) et quelques ports du sud-est de l'Espagne. En -208, Asdrubal II, frère cadet d'Hannibal, part secourir son frère en passant à son tour en Italie par les Alpes. Mais il est battu et tué sur le Métaure. Hannibal tente alors de s'allier Philippe V de Macédoine, en révolte contre Rome. Mais ce dernier ne le soutient que mollement.

Aussi, Rome reconquiert peu à peu le sud de l'Italie. Hannibal perd pied dans le Bruttium alors que Scipion « l'Africain » achève la conquête de l'Espagne puis débarque en Afrique où il offre le royaume de Numidie au prince Berbère Massinissa en échange de son alliance ; l'autre grand prince berbère, Syphax, reste fidèle à Carthage. Hasdrubal et Syphax sont défaits. Hannibal, en -202 s'échappe d'Italie et débarque, non à Carthage pratiquement bloquée, mais à Hadrumète (l'actuelle Sousse) et marche sur la capitale orientale des Numides, Zama. La rencontre décisive à lieu non loin de Zama. Hannibal y est vaincu malgré les ressources de son génie militaire. La paix dictée par Scipion réduit Carthage à un état vassal, mais lui maintient ses possessions en Afrique du Nord. Revenu à Carthage, Hannibal réussit à se faire élire suffète en -195. Mais Rome ordonne son élimination. Réfugié en Syrie, il assiste à la victoire de Rome en Asie Mineure et est à nouveau obligé de fuir en Bithynie. Rome exige du roi de Bithynie, Prusias, de lui livrer son hôte. Le roi accepte. Hannibal n'a d'autre issue que le suicide à Libyssa (Brousse) en -183. Hannibal mort, Carthage perd toute influence politique.

 

La 3ème guerre punique : 155-146 avant J.C.

A Rome, vers -155, alors que tout danger est écarté de voir se relever la puissance punique, une campagne de propagande bien orchestrée crée une véritable haine du Punique. A sa tête, Caton l'Ancien et sa célèbre formule « Delenda quoque Carthago ». Les agrariens romains redoutent en effet la concurrence de l'agriculture carthaginoise. Vers la même période, le monde romain est agité par d'importants troubles, particulièrement en Grèce et à Carthage où des radicaux se soulèvent contre les Numides, alliés de Rome. Celle-ci décide d'en finir. Les Romains chargent Massinissa de la tâche. Le vieux chef Numide soumet les carthaginois... mais réclame des Romains la livraison de la ville. Sommés d'abandonner leur cité, les carthaginois se révoltent. Massinissa est écarté, et en -148, les légions romaines assiègent la ville, provoquant une révolte générale, à laquelle ne participent cependant pas Hadrumète (Sousse) ni Utique, qui restent fidèles à Rome. L'intérieur du territoire lève les armes et les soldats romains sont mis à mal. Au bout de deux années de déboires, Rome fait appel à Scipion Emilien : au printemps -146, ses légions réussissent à ouvrir une brèche dans les fortifications de la ville. Une terrible bataille de rue s'achève par l'incendie du temple d'Eshmoun. La ville est rasée, le sol, labouré et maudit est semé de sel, et les survivants réduits en esclavage.

La colonisation romaine

La destruction de Carthage par Rome met fin à une obsession séculaire : la crainte de voir aux frontières de l'Italie une puissance maritime et militaire redoutable. Dans un premier temps les Romains encouragent l'expansion d'un royaume berbère Numide, celui de Massinissa et de ses fils qui s'étend sur le Constantinois Algérien, l'Ouest et le Sud de la future Tunisie. En même temps, se méfiant de leur turbulent voisin, Rome annexe le territoire de Carthage et matérialise la frontière avec la Numidie par un fossé, la « Fossa Régia » partant de l'actuelle Tabarka et allant pratiquement en ligne droite jusqu'à Thenae, au sud de Sfax. Le territoire propre de Carthage devient « ager publicis », « domaine du peuple romain », mais les villes puniques qui s'étaient alliées aux romains dans la lutte contre Carthage en -146 restent indépendantes tout en signant un traité avec Rome : Utique, Thapsus, Leptis Minor, Thysdrus...

La première vague de colonisation sérieuse débute en -123, par l'installation de 6 000 colons Italiens dans la basse vallée de la Medjerda, sur l'initiative des Gracques. Ces colons deviennent assez puissants pour influencer la politique de Rome vis-à-vis du royaume Numide. Le royaume de Massinissa échoit à Jughurta, un bâtard légitimé, qui entre en conflit avec Rome en - 112 quand Jughurta massacre les négociants Romains installées à Cirta (Constantine). Très intelligent, Jughurta tient en échec les légions romaines en corrompant leurs chefs. Vaincu par Metellus à Vaga en -109, il continue la lutte et il faudra la trahison de son beau père Bocchus, acheté par Caius Marius, pour le vaincre : livré en -105, il est jeté en prison à Rome pour y mourir de faim. Le trône de Numidie passe aux mains de Bocchus, et la politique d'alliance de Rome avec ses voisins Numides et Libyens permet d'étendre la colonisation.

La guerre entre Pompée et César (50-46) met la région en émoi lorsque le roi de Numidie, Juba I prend position contre César. Ils est vaincu avec Pompée à Thapsus (Sud de Monastir) en -46 et se suicide. César annexe alors la Tunisie ainsi que le Constantinois. La conquête de tout le Maghreb est chose faite par Octave en -33.

L'apogée de la Tunisie romaine

Pendant quatre siècles, la pénétration des Romains vers l'intérieur est lente mais constante ; elle se manifeste surtout par la construction de voies de communications stratégiques, l'établissement d'un système complexe de fortifications, le limes, et la mise en valeur progressive des terres. Ainsi la Tunisie est dotée de trois voies de communication de première importance : celle de Carthage à Tebessa (Algérie) par Thuburbo Majus et Maktar, celle de Carthage à Lambèse (Batna) par Hippo Regius (Bône) et Cirta (Constantine) et celle de Hippo Regius (Bône) à Leptis Magna (Lybie) par Tebessa, Gafsa et Tacape (Gabès).

Jusqu'au IVé, la plus vieille province d'Afrique du Nord est la Tunisie. Elle est gouvernée par un proconsul dépendant directement du Sénat. Il dispose de trois légats dont l'un siège à Hippone, l'autre à Hadrumète (Sousse) et la troisième à Oea (Tripoli). Fait exceptionnel, cette province possède une armée, la IIIè légion Auguste dépendant directement de l'Empereur. A partir de Dioclétien, entre 296 et 305, l'ensemble des provinces africaines sont réformées : la Proconsulaire est divisée en trois : la Tripolitaine (Leptis Magna), la Byzacène (Tunisie du Sud et du Centre) avec Hadrumetum pour capitale, et la Zeugitane (Nord de la Tunisie et Nord Est de l'Algérie) avec Carthage comme capitale.

L'apogée de la Tunisie Romaine est atteint sous les Sévères (195-235), dynastie africaine. Le pays fournit un tiers du blé de l'Empire, du vin, des olives, de l'huile... Chemtou donne à Rome puis à Byzance ses magnifiques marbres ; la Cap Bon se spécialise dans la fabrication de la pourpre ; Hadrumète et El Aouja (Près d'El Jem) produisent des céramiques... Les terres sont cultivées par des colons ou par les indigènes (contre paiement de l'impôt) en exploitations moyennes ou sur de grands domaines, les « latifundia », appartenant à de riches sénateurs, chevaliers romains ou princes Numides : on retrouve ces latifundia principalement dans la région de Dougga. L'Etat intervient régulièrement pour donner de nouvelles terres à des colons ou pour les protéger contre les grands propriétaires. Le commerce avec Rome prend un essor sans précédent. Carthage devient avec Leptis Magna l'un des deux ports les plus importants d'Afrique du Nord.

Carthage romaine

César reprend l'idée de fonder une colonie à Carthage. Après son assassinat, en exécution de ses volontés, les triumvirs installent en -44 une colonie, un peu au nord ouest de l'antique cité. En 29, Octave Auguste y envoie 3 000 familles et fait cadastrer le sol maudit pour édifier dans un carré de 1400 m de côté maisons et édifices publics. La colonie est dotée de terres s'étendant jusqu'à Dougga, à plus de 100 km de distance.

Cette « Colonia Julia Karthago » retrouve rapidement sa prospérité au point de devenir une des plus grandes villes romaines de l'Occident. Elle aurait compté plus de 300 000 habitants au IIè. La ville se dote de magnifiques ensembles monumentaux : les Thermes d'Antonin (145-162), le théâtre, l'Odéon, l'Amphithéâtre..., de riches demeures (Colline du Théâtre, Mégara) et de magnifiques lieux de culte (dont on n'a malheureusement pas retrouvé de vestiges).



Cette période de prospérité ne sera troublée qu'en 70 par la guerre civile consécutive à la mort de Néron et en 180 par des agitateurs religieux protestant contre la romanisation du culte. En 238, Carthage prend le parti des villes romaines d'Afrique pour Gordien qui se proclame empereur contre Maximin le Thrace. La Légion III Augusta, commandée par Capellien, fidèle de Maximin, écrase les milices carthaginoises et ravage la ville. En 311, la ville, dans l'obédience de Maxence, entre en rébellion contre lui. Elle tente de faire sécession avec Domitius Alexander qui se proclame empereur. Maxence envoie une expédition punitive qui anéantit en grande partie la cité. Carthage, sauvée par la victoire de Constantin sur Maxence en 312, sera magnifiquement reconstruite.

L'urbanisation romaine

L'essor le plus important de ces premiers siècles de la Pax romana est celui de l'urbanisation : sans doute les Romains trouvent un « noyau » de cités puniques (Carthage, Utique, Hadrumète...) ou de cités lybico-numido-puniques (Maktar, Bulla Regia...). Mais ils font beaucoup plus : pour eux, la ville est le symbole même de la romanisation, car elle est le centre où s'administre la vie de la province : elle accueille les cadres administratifs, sociaux et politiques, les grands et moyens propriétaires, les cadres militaires. Elle s'ordonne autour du capitole et de ses temples, du forum ; elle comprend des marchés, la basilique, siège de la vie civique et judiciaire, les thermes, la palestre, l'amphithéâtre.

Ces villes fleurissent au Ier, et surtout au IIIè sous les Sévères. La ville est le plus puissant facteur de romanisation, et l'Etat lui reconnaît un statut de plus en plus intégré : simple cité, puis municipe de droit latin, enfin cité romaine de plein droit sous le nom de « colonie ». Ainsi, en Tunisie, Carthage, Hadrumète (Sousse), Taparura (Sfax), Thenae, Utique, Tabarka, Bulla Regia (Hammam Derradji), Vaga (Béja), Aquae Callidae Carpitanae (Korbous), Thuburbo Majus, Mactaris (Maktar), Thugga (Dougga), Clupea (Kelibia), Curubis (Korba), Thysdrus (El Djem), Capsa (Gafsa), Cillium (Kasserine), Sufetula (Sbeitla), Tusoros (Tozeur), Zama... Ces cités reflètent la richesse du pays, de sa vie artistique et culturelle dont témoignent particulièrement les magnifiques mosaïques des monuments et villas tunisiennes (Musée du Bardo).

 

Les vandales : 439-530

Au IVè la décadence générale de l'Empire romain atteint l'Afrique: le pays est secoué par la grande crise sociale et religieuse du Donatisme : la moitié des terres sont abandonnées. Personne ne put arrêter la décomposition de l'empire.

Après une tentative infructueuse des Goths d'Alaric en 410 et des Wisigoths d'Espagne contre Gabès quelques années plus tard, les Vandales Ariens de Genséric passent les colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar) en 429 et se répandent dans le Maghreb. Devant le danger, les rivalités romaines entre donatistes et orthodoxes cessent, ce qui n'empêche pas Genséric de battre le comte Boniface et de mettre le siège devant Hippone (Bône) où Saint Augustin meurt pendant le siège en 430. Aetius, maître de l'empire, traite avec Genséric, laissant le Vandale faire main basse sur le pays : en 439, il s'empare de Carthage dont il fait sa capitale, et en 442 il est maître de la Zeugitane, de la Byzacène et d'une partie de la Tripolitaine. Genséric alterne vis à vis de catholiques une politique tantôt tolérante, tantôt rigide, au gré de intérêts du moment. En 455, il jette son armée sur Rome qu'il pille pendant 15 jours, ramenant à Carthage un énorme butin. Il s'empare de la Corse, de la Sicile, de la Sardaigne puis annexe les deux Maurétanies. Maître de la Méditerranée il détruit en 468 une flotte de l'empire d'Orient au Cap Bon. A sa mort, son royaume est le plus puissant du monde méditerranéen. Ses successeurs n'ont pas son envergure : son fils Hunéric (477-484) n'a de cesse que de persécuter durement les catholiques. Gunthamund (484-496) et Thrasamund (496-523) sont plus tolérants. Hildéric enfin (523-530) ne peut empêcher les Maures des chotts de Gafsa de défaire l'armée Vandale. Cette dernière le dépose en 530 au profit de Gélimer. C'est l'occasion attendue par Justinien, empereur d'Orient.

Byzance : 533-698

En 533 Justinien décide de reconquérir le pays. En quelques mois, son général Bélisaire réduit à néant l'état Vandale (Batailles de Ad Decimum et Tricamarum) et refoule les Berbères sans toutefois arriver à les vaincre. Pour les contenir, il fait construire d'imposantes forteresses (Sbeitla, Thelepta, Béja, Justiniapolis-Sousse...). La prospérité revient, Carthage est reconstruite, l'Eglise catholique, restaurée, retrouve son prestige. Mais elle est entraînée dans les hérésies orientales. D'autre part, la fiscalité écrasante, l'accaparement des terres par les militaires et les nobles entretiennent un esprit de révolte permanent. Les menaces Berbères sont perpétuelles. En 610, La province aide Héraclius à monter sur le trône de Byzance... La prospérité semble vouloir revenir...

Les cavaliers d'Allah : 647-698

C'est alors qu'apparaissent les cavaliers d'Allah. Une première expédition de l'Emir d'Egypte, Abdallah ibn Saâd en 647 n'est qu'un raid sur la Byzacène : la défaite de l'exarque Grégoire à Sufetula démontre la faiblesse des Byzantins. Lors d'un seconde expédition en 661, les Arabes prennent Bizerte. L'expédition décisive est menée en 670 par Okba ibn Nafi, représentant du Calife Omeyyade Moawyia. Une année plus tard, Okba fonde dans le désert à l'ouest de Sousse la ville de Qayrawan (Kairouan), point de départ des expéditions futures.

La résistance ne vient pas des Byzantins, réfugiés dans les villes, mais des Berbères et d'un de leurs chefs, Kosaïla. Celui-ci réussit à surprendre et à tuer en 686 Okba dans les Aurès. Le soulèvement est alors général et le soutien actif des Byzantins oblige les troupes arabes à évacuer Kairouan. Kosaïla en fait sa capitale et les Berbères apostasient l'Islam par milliers. Mais en 688 les Arabes reviennent : Kosaïla est tué. Le flambeau de la résistance Berbère est repris par une femme, la Kahina, sorte de prophétesse venue de l'Aurès qui repousse plusieurs fois l'envahisseur en Libye avant d'être tuée à El Djem en 702. En 695 Carthage est prise aux Grecs. Reprise par une immense flotte byzantine en 696, elle est définitivement conquise par les guerriers d'Allah en 698. Hassan ibn Noman ordonne alors sa destruction ; ses ruines servent à édifier Tunis. La rupture avec le passé punique et romain est désormais totale ; toute la culture chrétienne disparaît peu à peu. Les tribus Berbères continuent à résister, hostiles à l'arabisation : vaincues, certaines se rallient et participent à la conquête de l'Afrique du Nord et de l'Espagne. D'autres continuent à marquer leur opposition en adhérant à un islam hétérodoxe, le kharidjisme.

Omeyyades et Aghlabides : 700-906

En 700, l'Ifriqiya est donc une province de l'Empire Omeyyade. Son chef est l'Emir, gouverneur politique et religieux de la province, sous les ordres direct du Calife de Damas. Sa capitale est Kairouan. En 750 le pouvoir central passe des Omeyyades aux Abbassides de Bagdad, mais cela n'a que peu d'influence sur le développement de la province dont les principales villes, Kairouan, Tunis et Sousse connaissent un essor remarquable. En 800, le grand khalife Haroun el Rachid délègue son pouvoir en Ifriqiya à l'émir Ibrahim ibn Al-Aghlab qui fonde la dynastie des Aghlabides : pendant un siècle cette dynastie contribue à un remarquable essor politique (conquête de la Sicile), économique, culturel et artistique : on lui doit à Kairouan la construction de la magnifique mosquée de Sidi Okbâ, la mosquée de Tlala Biban et des bassins des Aghlabides ; A Sousse, le Ribat et la Kasba ; A Sfax, la Grande Mosquée ; à Monastir, le Ribat.

Les Fatimides : 906-1051

Les Aghlabides tentent de maintenir un équilibre, toujours fragile, entre les armées Arabes et la population indigène. Mais la trop lourde fiscalité entraîne des troubles chez les Berbères, relayés par des musulmans hétérodoxes venus d'Orient : les Fatimides shi'ites. Avec l'aide des Berbères, le Fatimide Qutama renverse les Aghlabides en 906 et se proclame khalife. Les Fatimides fondent une nouvelle capitale, Mahdia et tentent, en vain, d'imposer le shi'isme. Puis ils partent à la conquête de la Libye et de l'Egypte. Lorsqu'ils s'installent au Caire en 973, ils confient le pouvoir à un de leurs fidèles, le Berbère Bologgin ibn Ziri qui fonde la dynastie des Zirides. Le pays continue à être prospère et connaît la paix et une grande autonomie jusque vers le milieu du XIè.

Beni Hillal, Zirides et Hafsides : 1051-1574

En 1051, l'émir Ziride rompt avec son suzerain Fatimide du Caire : celui-ci, en représailles, lâche sur l'Ifriqiya les tribus bédouines arabes du sud de l'Egypte, les Beni Hillal (1051-1052) qui dévastent le sud et le centre du pays (systèmes d'irrigation, villes, champs...) : Kairouan est détruite ; des régions fertiles retournent à l'état de désert ou de steppe. Les populations sédentaires fuient dans les montagnes. L'élevage remplace l'agriculture. Les villes côtières se renforcent et deviennent indépendantes. Seul le nord est à peu près épargné... Les structures de l'économie de l'Ifriqiya en sont fondamentalement modifiées.

Cantonnés dans le nord de la Tunisie, les Zirides lancent alors les expéditions de piraterie maritime contre les Deux Sicile et l'Italie. Les chrétiens réagissent vigoureusement : Génois et Pisans ravagent les côtes et prennent Mahdia en 1087 pour la rançonner. Quant aux Normands, venus de Sicile qu'ils avaient conquise, ils s'installent de 1148 à 1160 sur la côte orientale, de Sousse à Gabès. Ils en sont chassés par les Almohades, une puissante dynastie Berbère venant du Maroc et d'Espagne qui contrôle tout le Maghreb. L'Ifriqiya devient partie intégrante de l'Empire Almohade dont l'Emir réside à Marrakech. Cependant l'opposition des Arabes Hilaliens reste forte. Les Almohades confient le gouvernorat à Abd el Wahid ibn Hafs ; son fils Abu Zakariya se sépare d'eux en 1228 et fonde la dynastie des Hafsides qui régnera trois siècles. Cette rupture consacre la division du Maghreb en trois pays : Maroc, Algérie, Tunisie.

Tunis devient la capitale de l'Ifriqiya et s'embellit; son essor en fait un centre commercial méditerranéen important. Le pays connaît un net renouveau et la prospérité revient, malgré les raids chrétiens de Saint Louis en 1270, des Aragonais en 1294 puis 1335, des Franco-génois en 1390... Ce renouveau est dû en partie à la venue de Musulmans et de Juifs chassés d'Espagne par la « Reconquista ». Il est caractérisé par la vie intellectuelle intense (l'historien Ibn Khaldun 1332-1406), les nombreuses constructions (Mosquée El Ksar, mosquée de la Kasba à Tunis ; Kasba de Mahdia...) et le règne de deux grands souverains, Abou Faris (1394-1434) et Abou 'Amr 'Othman (1435-1488).

Les ottomans : 1574-1659

Le déclin des Hafsides débute fin XVè lorsque la Tunisie devient l'enjeu de la lutte entre Espagnols et Turcs pour le contrôle du commerce en Méditerranée. Les corsaires ottomans (Les Barberousse, Dragut) mènent grande activité le long des côtes du Maghreb. En réaction, l'Espagne occupe Bougie et Tripoli en 1510, mais échoue devant Djerba en 1511. En 1534, Khayr al-Din surnommé « Barberousse », corsaire grec au service du Sultan turc Selim s'empare de Bizerte, puis de La Goulette et enfin de Tunis.

Le dernier Hafside, Mulay Hasan appelle les Espagnols à son secours. Charles Quint le rétablit en 1535 en reprenant Tunis. Pendant 40 ans, Espagnols et Turcs s'affrontent, se prenant et se reprenant leurs conquêtes. Finalement le dernier mot revient aux Ottomans qui s'emparent en 1574 définitivement de Tunis. Le pays devient une province du Sultan de Turquie, avec son pacha-gouverneur et son conseil, le diwan. En 1590, le régime est renversé par les chefs de la marine qui mettent à leur tête le Dey, laissant au Pacha un rôle purement honorifique. Jusqu'en 1650, c'est l'âge d'or du pays, grâce à la « course » (Piraterie) en Méditerranée et à la flibusterie. Le commerce est actif grâce à la communauté Juive et aux marchands Marseillais établis au pays, ainsi qu'à de nombreux renégats (chrétiens convertis à l'Islam) et à la venue de plus de 80 000 Morisques expulsés d'Espagne en 1609. Ceux-ci s'établissent à Tunis et dans ses environs. Ils mettent en valeur la riche plaine de la Medjerda.

Les beys : 1659-1857

Le régime des Deys ottomans est renversé par les Beys (chefs de l'armée) dont un chef, Hammuda ben Murad, prend le pouvoir en 1659. Il fonde la première dynastie beylicale en obtenant du Sultan l'hérédité du titre. D'incessantes querelles intestines minent le régime. Le pouvoir passe aux mains du commandant de la cavalerie Ibrahim al-Sharif en 1702. Pour peu de temps car en 1705 le Dey Husayn ibn Ali instaure un régime monarchique reconnaissant la suzeraineté du Sultan Turc. La dynastie des Husseinites qu'il fonde va régner sur la Tunisie jusqu'en 1957.

Le XVIIIè voit le pays miné par des luttes intestines, par des soulèvements internes de tribus et par des conflits incessants avec l'Algérie. Les Français entretiennent d'excellentes relations avec le pays, quoique combattant la piraterie, et possèdent, en qualité de « Nation privilégiée » un comptoir au cap Nègre. Le Bey Hammuda (1792-1814) réduit considérablement le pouvoir des milices turques au profit des Mamelouks (anciens esclaves d'origine orientale). Début du XIXè, le pays est gouverné par les Mamelouks. Le Bey est un véritable souverain et les liens qui l'unissent au Sultan turc sont des plus distendus. Il délègue son pouvoir au « sahib el taba » (garde de sceaux) ou au « khaznadar » (Trésorier). La bourgeoisie est tenue à l'écart et les dernières manifestations d'indépendance brisées en 1816 (fin de la révolte des Janissaires).Avec l'affaiblissement du régime Turc, les puissances occidentales deviennent de plus en plus influentes.

 

 

 

Le protectorat français : 1857-1881

Les difficultés débutent en 1815 avec une révolution de palais mettant sur le trône Mahmoud et son fils Hussein de la branche aînée de la dynastie, aussi cupides que médiocres. Le déséquilibre des échanges est le résultat de l'interdiction de la course par les puissances Européennes, la concurrence des produits manufacturés européens, la baisse du cours de l'huile et des grains, les dépenses somptuaires du régime. En 1830, la France conquiert l'Algérie et la Turquie reconquiert Tripoli. Pris entre ces deux puissances et ruiné économiquement, le bey Ahmed (1837-1855) se place sous la protection de la France. Sous la pression de son puissant allié, la Tunisie tente de s'engager sur la voie des réformes. En 1857 un pacte fondamental établit l'égalité de tous les Tunisiens devant la loi et en 1861 est mise en vigueur une Constitution.

Mais la malveillance du favori du bey entraîne la ruine économique du pays. Une insurrection générale en 1864 est prête de renverser le régime. En 1869, après l'échec de trois emprunts à la France, Paris impose au bey la réorganisation de ses finances. Le contrôle international consacre la mise sous tutelle du pays par la France. Une commission internationale animée par le « bey Villet » se charge de redresser l'économie du pays. Malgré la défaite de 1870 et la tentative de l'Angleterre d'étendre son influence, les Français maintiennent leurs positions. En 1878, au congrès de Berlin, la France reçoit la Tunisie comme part des dépouilles de l'Empire Ottoman. Mais à Tunis, les français se heurtent aux ambitions Italiennes. Après 3 ans de lutte pour la chasse aux concessions entre le consul Roustan et le consul Maccio, Jules Ferry décide d'intervenir.

La colonisation

Prétextant un incident, les troupes françaises pénètrent en Tunisie par l'Algérie, et en trois semaines arrivent sans combat à Tunis. Le 12 mai 1881, Roustan impose au bey Sidi Saddok le traité de protectorat de Bardo. En automne, une campagne vint à bout de quelques tribus soulevées. Le véritable pouvoir est désormais aux mains du résident Cambon, à la fois ministre des Affaires étrangères et Président du conseil des Ministres. De nouveaux services administratifs sont créés, entièrement aux mains des Français. La hiérarchie locale, maintenue, est placée sous la surveillance de contrôleurs civils français. Les institutions représentatives ne jouent aucun rôle jusqu'en 1907. La justice est réformée, l'enseignement « à la française » est introduit. La création de ports et de voies de communication stimule la mise en valeur du pays. L'agriculture et l'industrie extractive (Fer, phosphate) se développent rapidement et avec eux les progrès sanitaires (vaccinations, assainissement des villes, construction d'hôpitaux...) Les relations avec la population indigène sont tranquilles et la Tunisie est citée en exemple par l'administration française. Le seul véritable problème est la présence d'une colonie italienne trop nombreuse pour être assimilée (en 1911 il y a 88 000 Italiens contre 48 000 Français et 1 700 000 Tunisiens).

En 1911 se manifeste une première opposition au système colonial : une nouvelle génération de Tunisiens veut sa part de pouvoir et de responsabilité dans les affaires de leur pays. Une première journée d'émeutes sur des thèmes nationalistes et religieux a lieu le 7 novembre 1911. L'agitation reprend après la guerre : les nationalistes réclament un « Destour », une constitution. Le résident Saint les divise en promulguant un train de mesures (Création d'Assemblées régionales et d'un Grand Conseil). Economiquement, le pays reste prospère.

La grande crise de 1929 et ses conséquences favorisent le retour de l'agitation politique. Le Destour est contesté par Habib Bourguiba qui crée un parti rival s'ouvrant largement aux masses populaires, le Néo Destour. Bourguiba est une première fois assigné à résidence en septembre 1934. En 9 avril 1938 il déclenche une journée d'émeutes dans la capitale, sévèrement réprimée. Le Néo Destour est dissous.

Les combats de 1943

La seconde guerre mondiale fait de la Tunisie un champ de bataille imprévu après le débarquement Anglo-américain en Afrique du Nord en novembre 1942 ; Le 15 novembre, la 1ère armée Britannique entre en Tunisie. Le 27, son aile gauche approche de Mateur sur la route de Bizerte et son aile droite atteint Djedeida dans la Medjerda, à 25 km de Tunis. La Tunisie centrale est envahie. Les parachutistes américains s'emparent de Kasserine et de Gafsa. Mais les Allemands contre attaquent et dès le 29 novembre les Alliés sont arrêtés et l'offensive bloquée. Le front se stabilise sur une ligne allant du Cap Serrat à Gafsa.

En décembre et janvier Von Arnim renforce ses troupes en Tunisie alors que Rommel se replie lentement de Tripolitaine vers le sud Tunisien, talonné par Montgomery. Les soldats de Rommel se retranchent derrière la Ligne de Marteh, construite par les Français avant la guerre pour contenir les Italiens installés en Lybie. Le 1er février, Rommel et Arnim lancent une offensive sur Gafsa et Kasserine, destinée à percer le front tenu par les Américains avant que Montgomery et la VIIIè armée Britannique n'attaquent la ligne de Mareth. Le 17, les Américains refluent sur Kasserine. Le 21, le col de Kasserine tombe aux mains allemandes qui menacent les arrières des troupes Alliées. Mais les Allemands ne disposent pas de matériel et de troupes en quantité suffisante. Le 24 ils se replient. Les Alliés renforcent leur dispositif de défense. Rommel tente une dernière offensive contre la VIIIè armée de Montgomery, mais échoue devant Médénine le 6 mars. Le 7 mars il part à Berlin convaincre Hitler d'abandonner le sud et le centre de la Tunisie. En vain. Il ne retournera jamais en Afrique.

Le 20 mars, Montgomery lance un offensive frontale sur la ligne de Mareth alors qu'une partie de ses forces contourne la ligne par le sud. L'attaque frontale échoue mais celle de contournement conduit les Néo-zélandais et la colonne Leclerc jusqu'à El Homa. La ligne est percée. Le 28 mars Gabés tombe. Le 6 avril, seconde offensive de Montgomery, soutenu par les Américains qui percent au centre de la Tunisie. Le 10, Sfax tombe, le 11 Kairouan et le 12 Sousse. Le 14 avril, le front s'établit, pratiquement en ligne droite, d'Enfidaville au cap Serrat. Le dernier assaut est donné le 19 avril sur l'ensemble du front. De violents combats se déroulent à Mateur, dans la vallée de la Medjerda, à Enfidaville. Le 7 mai les Alliés entrent simultanément à Bizerte et à Tunis. Le 13 mai, les dernières poches de résistance sont réduites et les débris de l'Afrikakorps et de l'armée Italienne se rendent au cap Bon.

L'indépendance

Les années d'après guerre sont consacrées à relever les ruines du pays. Le Néo Destour s'efface et Bourguiba part en exil en mai 1945. Son retour en septembre 1949 renforce sa popularité et son autorité. Il engage le bras de fer avec la France début 1952 lorsque le résident Louis Périller refuse de négocier. Après de mois de tension, le gouvernement français finit par transiger, obtenant l'agrément du bey et de quelques partisans. Mais le Destour persiste dans son opposition. Le terrorisme apparaît en ville et dans le bled, quelques bandes de résistants entrent en campagne. Le 18 juin 1954, Pierre Mendès France arrive au pouvoir. Après de discrets pourparlers avec Bourguiba, Mendès et annonce à Tunis au bey que la France a l'intention d'accorder à la Régence une autonomie sans restriction (31 juillet 1954). Entre temps, le Maroc obtient l'indépendance, et le 20 mars 1956 le protocole abolissant le traité du Bardo est signé: le royaume de Tunis est indépendant. Un an plus tard, le bey Lamine est déposé. Le nouvel homme fort, Habib Bourguiba, proclame la république dont il devient président le 25 juillet 1957.

 

Le gouvernement de Ben Ali : 1987

Le 7 novembre 1987, Habib Bourguiba est remplacé par son premier ministre Zine el-Abidine Ben Ali.

Si officiellement la continuité l'emporte, c'est un nouveau régime que Ben Ali met en place. Un régime basé sur le renouvellement du personnel politique, la suppression de la Présidence à vie, le renforcement des libertés publiques, la libéralisation et la modernisation du système.

Cela permet à la Tunisie de réaliser de bonnes performances économiques, de créer des infrastructures dans les zones défavorisées grâce à un fonds de solidarité nationale, et de devenir un pays de progrès social et démocratique, malgré les grandes difficultés liées à la conjecture mondiale.